La Pacification de la Région du Jammu et Cachemire  

Présentation de la région

      Le Cachemire est une région située au cœur de l’Himalaya qui s’étend sur les territoires de l’Inde et du Pakistan. Elle est frontalière avec la Chine et l’Afghanistan, elle a une superficie totale de 222,236 km² et c’est une région montagneuse. La population du Cachemire est d’environ 12.55 millions de personnes (en 2011). Elle est d’origine indienne et pakistanaise en majorité musulmane.

        C’est à l’origine une région dans laquelle est produit le cachemire d’où lui vient son nom. Ce tissu doux et soyeux provenant des chèvres locales est utilisé pour les habits et se vend très cher dans les marchés.

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           Cependant la région du Cachemire est aussi connue pour avoir des centaines de milliers de soldats, ce qui en fait une des zones les plus militarisées au monde. Cette caractéristique remonte à 1949 lorsqu’un cessez-le-feu a lieu pour éviter la guerre entre l’Inde et le Pakistan. l’ONU intervient et une ligne de contrôle temporaire est établie. Le Cachemire est à présent une région fragmentée, le temps de trouver une solution au conflit.

            Départagé entre le Pakistan à l’ouest, l’Inde au sud-est et la Chine au nord-est, le Cachemire est un centre de tension et de violences constantes dont certaines interventions de groupes terroristes.

            Le territoire dont il est question dans le conseil de sécurité est dans la zone indienne : c’est l’État du Jammu et Cachemire. Sa superficie est d’environ 100 000 km², avec une population majoritairement cachemiri, mais aussi Dogri, Gojri, Pahari, Punjabi… Près de 68% sont musulmans et 28% sont hindous, sachant que l’Inde est majoritairement Hindoue. Les résidents permanents de ce territoire sous autorité indienne, sont considérés comme citoyens ayant le privilège de voter, de posséder des terres dans le reste du territoire et sont même éligibles pour des emplois gouvernementaux.

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Acteurs 

       Le conflit du Jammu-Cachemire est celui d’un choc de cultures. Né de la partition en 1947, les indépendances de l’Inde et du Pakistan font du territoire du Jammu cachemire une province très convoitée et un lieu d’affrontement de l’identité de chacun de ces pays. Pour le Pakistan, l’acquisition de ce territoire serait l’opportunité de fonder une terre pour la communauté musulmane de l'État. Pour l’Inde, la conservation de ce territoire dans le territoire national est un moyen de défendre son multiculturalisme et son sécularisme.

 

       En dehors de ces deux Etats, de nombreuses puissances extérieures sont intervenus tout au long de l’histoire du conflit : les États-Unis et l'URSS pendant la guerre froide, le Royaume-Uni au moment de la partition de l'empire colonial britannique ou encore  la Chine qui soutient le Pakistan dans une tentative d'équilibre contre l'État indien.

 

       La position du gouvernement chinois est particulièrement importante à comprendre. Elle est un soutien au Pakistan. Elle lui fournit des moyens militaires, en tant qu'investissement stratégique et économique pour faire pression sur l'Inde. La Chine considère l'Inde comme un concurrent et un rival stratégique majeur en Asie et utilise donc le conflit du Jammu-Cachemire pour promouvoir ses propres objectifs économiques et stratégiques.

 

      Le rôle des États-Unis a jusqu'à présent été assez peu engageant. L'intérêt des États-Unis pour le conflit au Cachemire va au-delà du territoire lui-même. Les ÉU sont préoccupés par la non-prolifération nucléaire, le contrôle des talibans et la paix générale entre l'Inde et le Pakistan. L’aversion de l’Inde pour l’ingérence extérieure limite leur influence sur la zone.

      L’Organisation des Nations Unies a aussi était un acteur puisqu’elle aborde la question principalement à la suite des résolutions de 1948-1949.

       Enfin, au cœur du conflit se pose la question des Cachemiris qui se trouvent à l'intérieur d’un triangle explosif. Les Cachemiris eux-mêmes sont divisés entre  pro-Inde, pro-Pakistan et indépendantistes. Certains rejoignent des groupes terroristes islamistes pour lutter contre l’armée indienne.   

 

Problématique des frontières

Inde-Pakistan

       Le Pakistan et l'Inde sont tous deux situés en Asie du Sud. Ces deux pays d'Asie du Sud ont été créés à la suite de la partition de l'Inde britannique en 1947, qui a divisé la région selon des critères religieux: l'Inde à majorité hindoue et le Pakistan à majorité musulmane. Le Pakistan contiendrait les régions majoritairement musulmanes et l'Inde conserverait les régions à majorité hindoue. Les dirigeants britanniques pensaient que mettre cette frontière serait le meilleur moyen de limiter la violence entre hindous et musulmans. Avant la partition, le Pakistan et l'Inde revendiquaient le Cachemire, bien que le dirigeant du Cachemire n'ait pas décidé de quel pays faire partie. Le Pakistan le revendiquait en raison de sa population majoritairement musulmane. Une guerre frontalière a eu lieu qui s'est terminée l'année suivante avec l'établissement d'une ligne de cessez-le-feu (ligne de contrôle), divisant la province. Toute cette lutte pour le Cachemire a provoqué de nombreuses guerres et attaques terroristes. Il existe une ligne de contrôle (ligne de contrôle militaire) divisant le Cachemire en 3 parties, le Pakistan et l'Inde occupent tous deux une grande partie et la Chine en occupe une plus petite partie. La frontière établie entre le Pakistan et l’Inde a provoqué de nombreuses guerres et attaques terroristes et elles se sont encore produites ces dernières années avec une moindre fréquence. Ces deux pays ont combattu dans 3 guerres et l'incident le plus récent s'est produit en mai 2017 lorsque 2 des soldats indiens le long du Cachemire ont été tués et mutilés par des soldats pakistanais. Le Pakistan et l'Inde sont actuellement dans un cessez-le-feu, après avoir eu plusieurs pourparlers. Les deux zones contiennent des zones de haute montagne et des basses terres fluviales près du fleuve Indus. 

            Le Pakistan et l'Inde sont tous deux considérés comme des pays en développement du tiers monde, mais l'Inde est plus riche, géographiquement plus grande et a une population plus importante que le Pakistan. En conclusion, depuis 1947, le Pakistan et l'Inde se battent et sont en désaccord, et sont toujours déterminés à revendiquer le Cachemire.

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 Source supplémentaire: Rapport Science Po HAL - C. Jaffrelot)

 
 

Inde-Chine

           

          Les troupes des deux pays patrouillent dans cette région depuis des décennies, la frontière fait depuis longtemps l'objet de revendications et de tensions concurrentes, y compris une brève guerre en 1962. La frontière, ou ligne de contrôle effectif, n'est pas délimitée, et la Chine et l'Inde ont des idées différentes sur l'endroit où elles devraient être situées, ce qui conduit à des «transgressions» régulières aux frontières. Souvent, cela n’aggrave pas les tensions.

            La région du Ladakh, à l’Est du Jammu-Cachemire, est particulièrement complexe, avec des caractéristiques particulièrement inhabituelles. Premièrement, il y a Aksai Chin, un territoire que l'Inde revendique depuis longtemps mais que la Chine occupe. La Chine a commencé à construire une route à travers la région en 1956 - reliant le Tibet au Xinjiang - et l’occupe depuis 1962. La cartographie du terrain de la région s’est historiquement révélée extrêmement difficile.

 

            L'autre territoire contesté se trouve au sud de la ligne McMahon, anciennement connue sous le nom de North East Frontier Agency et maintenant appelée Arunachal Pradesh. La ligne McMahon faisait partie de la Convention Simla de 1914 signée entre l'Inde britannique et le Tibet, sans l'accord de la Chine. À partir de 2020, l'Inde continue de soutenir que la ligne McMahon est la frontière légale à l'est. La Chine n'a jamais accepté cette frontière, affirmant que le Tibet n'était jamais indépendant lorsqu'il a signé la Convention de Simla.

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Historique des tensions

            La région du Cachemire est une des zones les plus militarisées au monde et les tensions majeures qui y sont présentes opposent deux puissances nucléaires.

            Le conflit a commencé il y a plus de 70 ans en 1947, lors de la fin de la colonisation britannique de l’empire des Indes. Cet empire s’est alors divisé en deux pays indépendants : l’Inde, dont la majorité de la population est Hindoue et le Pakistan, à majorité musulmane. Mais au moment de la décolonisation, dans la région du Cachemire, le chef du territoire était Hindou et a décidé de se rapprocher de l’Inde. Ceci n’a pas plu à la population majoritairement musulmane. Une guerre s’est alors déclenchée.

            En 1949, L’ONU intervient et impose un cessez-le-feu ainsi qu’une ligne de contrôle supposément temporaire qui divise la région entre trois Etats : l’Inde, la Chine et la Pakistan. La partie indienne est nommée Jammu-et-Cachemire et l’Inde lui accorde une certaine autonomie.

            Pourtant, de peur que le peuple ne vote en faveur du parti qui déclarerait l’indépendance du Cachemire, L’Inde et le Pakistan n’organisent pas le référendum qui devait mettre fin aux actions de l’ONU.

            Deux autres guerres suivent, ainsi que des combats entre des groupes séparatistes se battant pour le pouvoir de l’Inde ou du Pakistan, et des attentats tel que celui de Bombay en 2008 ont lieu. La ligne de contrôle est toujours présente et le conflit a fait environ 70 000 morts jusqu'à aujourd'hui.

            L’arrivée au pouvoir de Modi, premier ministre indien, relance les tensions. Modi est un nationaliste Hindou, qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2014, instaure de nouvelles lois qui remet en cause l’autonomie du Jammu-et-Cachemire en renforçant son rattachement à l’Inde. Les tensions avec le Pakistan s’accentuent également : en 2019, un attentat revendiqué par un groupe djihadiste contre des militaires indiens mène au bombardement du Pakistan par l’Inde suite à l’accusation de Modi qui blâmait le pays voisin de supporter des groupes terroristes.

 

Conclusion sur la situation actuelle

            Dans les premiers jours d'août 2019 , il y avait des signes que quelque chose se préparait au Cachemire. Des dizaines de milliers de soldats indiens supplémentaires ont été déployés, un grand pèlerinage hindou a été annulé, les écoles et les collèges ont été fermés, les touristes ont reçu l'ordre de partir, les services téléphoniques et Internet ont été suspendus et les dirigeants politiques régionaux ont été assignés à résidence. Mais la plupart des spéculations étaient que l'article 35A de la constitution indienne, qui accordait des privilèges spéciaux aux citoyens de l'État, serait abrogé.

            Le gouvernement a ensuite stupéfait tout le monde en disant qu'il révoquait presque tout l'article 370, dont le 35A fait partie et qui est à la base des relations complexes du Cachemire avec l'Inde depuis environ 70 ans. L'article accordait à l'État une certaine autonomie - sa propre constitution, un drapeau séparé et la liberté de légiférer. Les affaires étrangères, la défense et les communications restaient l'apanage du gouvernement central.

            Le gouvernement dit qu'il est tout à fait dans son droit d'apporter les changements et que des décisions similaires ont été prises par le gouvernement fédéral dans le passé. Mais l'opinion des experts est fortement divisée. Certains disent que l'ordonnance était "constitutionnellement solide" et "qu'aucune faute légale et constitutionnelle ne peut y être trouvée". Cependant, d'autres affirment  que c'était "une décision illégale, semblable à une fraude" qui pouvait être contestée devant la Cour suprême.

            Les partis politiques de l'opposition pourraient lancer une contestation judiciaire, mais le Cachemire est une question émotionnelle avec de nombreux Indiens, et la plupart des partis hésiteraient à s'opposer à cette décision de peur d'être qualifiés d'anti-Inde.

 

Position actuelle de l’ONU sur la question

       Les Nations Unies ont joué un rôle important en tant que médiateur dans la conservation de la paix dans la région du Cachemire.

La résolution votée en 1948 à l’unanimité était composée de trois points :

  • Un cessez-le feu, arrêtant tout type d’hostilité

  • Un accord de trêve, avec le retrait complet des forces pakistanaises (armée, tribus et autres ressortissants pakistanais). Le territoire évacué serait administré par les autorités locales sous la surveillance de la Commission. Suivie d’une prévision à ce que l'Inde retire "l'essentiel de ses forces" en les minimisant tout en maintenant l'ordre public. La trêve ne fut pas maintenue à cause de désaccords entre les deux pays.

  • Après l'accord de trêve, le Pakistan et l’Inde entreraient en consultation avec la Commission pour régler l'avenir de l'État conformément à la volonté du peuple.​

Cependant de nombreuses propositions de solutions ont été refusées telles :

  • La mission Dixon en 1950

  • La médiation de Frank Graham en 1951-1953, avec certains rejets, tel la réduction de troupes militaires de la part de l’Inde.

  • En 2003, le président pakistanais de l'époque, Pervez Musharraf, a annoncé que le Pakistan était prêt à «laisser de côté» la demande de résolutions de l'ONU et à explorer d'autres options bilatérales pour résoudre le différend.

 

            Plusieurs organisations ont été mises en place par l’ONU dont la Commission des Nations unies pour l'Inde et le Pakistan (UNCIP) qui enquêtait sur les violations de la ligne du cessez-le-feu et servir de médiateur entre l'Inde et le Pakistan. Elle a ensuite été remplacée par le Groupe d'observateurs militaires des Nations unies pour l'Inde et le Pakistan en 1951, ayant pour but de surveiller l'application du cessez-le-feu entre l'Inde et le Pakistan.

 

            La position la plus récente de l’ONU a été donnée en 2020 par Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, réclamant une mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies sur le Cachemire, y compris la tenue d'un plébiscite parmi les résidents du Cachemire sur leur souhait de rejoindre l'Inde ou le Pakistan. 

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Pour aller plus loin…

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India Consensus Report

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